Qui suis-je ?

Cosette au travail C'est à l'occasion de vacances en Charente-Maritime qu'à l'âge de 18 ans j'ai effectué un premier stage d'initiation au tissage. Bientôt j'ai acheté un métier à tisser, un Catusse, avec lequel j'ai pu perfectionner par la pratique ce que j'avais alors appris.

Munie de ce bagage j'ai travaillé durant une dizaine d'années dans un CAT (Centre d'aide par le travail), aujourd'hui dénommé ESAT (Établissement et Service d'Aide par le Travail). J'ai pu y faire réaliser par des adultes handicapés divers métrages de tissage en laine, en lin, mais aussi des tapisseries, des abat-jour...

Au gré des mutations professionnelles, nous sommes arrivés à Saint Rémy-sur-Creuse il y a maintenant plus de 15 ans. Ce petit village du nord de la Vienne, frontalier de l'Indre et Loire, possède une curiosité : une imposante falaise troglodytique. Grâce aux travaux d'un historien local mais surtout en côtoyant les responsables d'Ethni'cité, association qui s'est notamment donné comme objectif de faire revivre la longue histoire de ces caves (dont l'occupation commence au Moyen Âge), j'ai pu satisfaire ma curiosité et apprendre que ces troglodytes avaient été habités par des tisserands du chanvre, fort nombreux du 17e au 19e siècles. Hormis les routoirs situés au pied de la falaise (plans d'eau où l'on faisait rouir le chanvre), il ne reste plus aujourd'hui aucune trace de cette activité hier dominante. L'association a bien intégré dans sa visite du site un espace reconstituant l'intérieur d'une famille de tisserands, mais cela ne suffisait pas...

Depuis quelques années je participe à un spectacle estival faisant revivre ce village au 18e ou 19e siècles par diverses saynètes. C'est à cette occasion que nous avons peu à peu tenté de reconstituer le travail du chanvre depuis la plante jusqu'au tissu. Chez un producteur local nous avons pu nous procurer les longues tiges (il cultive le chanvre pour fabriquer de l'huile et des matériaux isolants). Nous les avons fait rouir dans la Creuse voisine. Une fois bien sèches, passées à l'épreuve de la braque (ou braie) puis à celle du peigne (qu'il a été difficile de dénicher), elles sont devenue filasse, mais tout de même bien difficile à filer : il nous reste des progrès à faire.

Pour les besoins du spectacle j'ai appris le filage, d'abord celui de la laine mais aussi, sans trop de difficultés, du lin et du chanvre.

Ainsi, inspirée par les lieux, leur histoire, mais aussi par la beauté, la rusticité de la matière, je file et tisse le chanvre, le lin, tout en continuant bien entendu avec la laine.

Article paru dans le journal "La Renaissance Lochoise" du 21 au 24 mars 2012

Article 'Renaissance Lochoise'